Lutte contre la désinformation

Événement

GVA2

jeudi 12 octobre 2023

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Genève et la lutte contre la désinformation

Une quarantaine de nos membres se sont retrouvés le 12 octobre pour une soirée dédiée à la lutte contre la désinformation autour de trois acteurs qui agissent pour combattre ce fléau :

  • Chine Labbé, rédactrice en chef pour l’Europe de la société NewsGuard. Cette entreprise spécialisée dans la vérification de l’information en ligne, attribue des évaluations aux différents médias afin d’en garantir la fiabilité et l’intégrité. Elle aide les utilisateur.rice.s à identifier les sources d’information fiables tout en les alertant sur les médias colporteurs de fausses informations. Elle s’adresse également aux annonceurs soucieux de ne pas apparaître sur les médias douteux; 
  • Heba Aly, CEO de The New Humanitarian, une organisation à but non lucratif qu’elle dirige depuis plus de 12 ans. Cette institution médiatique rassemble une communauté de journalistes présent.e.s sur les théâtres des crises humanitaires partout dans le monde. Elle s’efforce de mettre la lumière les crises oubliées ainsi que de fournir un journalisme de qualité et objectif qui contribue à sensibiliser l’opinion publique, les politiques et les organisations internationales aux enjeux humanitaires.
  • Basile Zimmermann est venu nous présenter le fruit du projet qu’il co-pilote au sein de l’UNIGE et qui est actuellement en cours de développement. CERTIFY est un outil de certification des contenus en ligne. Il permet de vérifier la crédibilité d’une information en interrogeant une communauté d’expert.e.s qui produit une réponse concise et rapide. Le projet Certify de l’UNIGE est un exemple concret de l’engagement de Genève dans la lutte contre la désinformation.

Pour résumer leurs activités, on peut dire que la société NewsGuard, « le Yuka de l’information », analyse et attribue des notes aux médias selon leur degré de fiabilité. The New Humanitarian (TNH) nous renseigne sur les crises humanitaires grâce à un réseau de journalistes présents sur le terrain. Tandis que Certify, « un Uber travaillant avec Wikipédia », nous permettra à terme, d’interroger une communauté d’experts aussi bien sur les sources que sur les informations qu’elles véhiculent.

Au cours de la discussion, nous avons abordé de très nombreuses questions et notamment :

  • La distinction à faire entre désinformation – le fait de fabriquer des informations erronées dans le but de nuire ou déstabiliser – et mésinformation – celui de les véhiculer en ne cherchant pas forcément à nuire – mais aussi la nécessité de questionner les récits que l’on tient pour acquis.
  • Le rôle des réseaux sociaux qui sont aujourd’hui quasiment les seuls moyens qu’ont les jeunes de s’informer et qui véhiculent de très nombreuses fausses informations sans que la modération ne soit une priorité, et ce de manière parfois consciente et assumée (X ou TikTok).
  • La menace que constitue l’IA générative qui crée des sites d’information sans intervention humaine. S’ils ne diffusent pas encore de fausses informations, cela peut de changer dans un avenir plus ou moins proche.
  • La bataille contre les fake news est un combat perdu d’avance : on ne peut pas combattre le phénomène en tentant de déconstruire les fake news mais on doit amplifier les sources de vrai journalisme.
  • Le modèle économique du journalisme s’essouffle. Il est très difficile pour ceux qui essaient de défendre la démocratie grâce à un journalisme fiable d’œuvrer dans le contexte actuel. Un média d’utilité publique qui soit fiable, a un coût et est par définition peu rentable.
  • Les grandes marques sont en partie responsables de la crise des médias car en diffusant leurs publicités sur des sites commerciaux plutôt que sur des sites d’information, elles les privent d’une manne financière indispensable à leur survie.
  • NewsGuard estime à 2,6 milliards de dollars le budget annuel qu’elles investissent dans des sources de mésinformation. Ce budget, s’il était investi auprès de médias fiables, permettrait de les rendre plus pérennes, tout en tarissant les sources de revenus des sites peu sérieux.
  • Un site d’information qui publie des correctifs et applique une politique de transparence sur son actionnariat peut être considéré comme fiable. Il faut toutefois rester vigilant car, à la faveur d’un changement au sein de sa rédaction ou de son actionnariat, cela peut changer.
  • A l’inverse, un site informatif qui véhicule de fausses informations aura tendance à récidiver.
  • L’importance de l’éducation envers les plus jeunes mais également auprès des aînés qui sont parmi les premiers propagateurs de fausses informations.
  • La désinformation peut avoir de très graves conséquences : déstabilisation d’États, polarisation de la société et dans des contextes de conflits armés, contribution à une escalade de la violence. Elle est clairement une menace pour la démocratie.

Comme nous aimons le faire après chaque dîner, voici quelques pistes d’actions que chacun peut entreprendre à son niveau pour contribuer à la solution ou du moins, ne pas aggraver le problème :

  • Adopter de bons réflexes pour remettre en question les informations douteuses dont on nous abreuve, aiguiser son esprit critique.
  • Ne pas se laisser détourner des informations importantes et fiables par des contenus récréatifs et présentant peu d’intérêt > voir le TEDx talk d’Heba « Stop eating junk news » à ce sujet.
  • Ne pas se faire le relais de fausses informations et donc prendre le temps de vérifier la véracité de ce que l’on partage sur les réseaux sociaux ou auprès de son entourage.
  • Éduquer nos enfants et nos aînés pour qu’ils en fassent de même.
  • Être prêt à payer pour des contenus fiables : ce dont ont besoin les médias de qualité, c’est du soutien du public qui doit accepter de payer pour du contenu valable de la même manière qu’il est prêt à payer pour des aliments de bonne qualité.
  • Pousser nos politiques à mettre en place des instruments de vérification et des programmes d’éducation.
  • Pour les marques et les institutions, inscrire le fait de ne pas financer les infox via la pub dans leur politique de responsabilité sociale d’entreprise, et s’assurer qu’ils font le maximum à ce niveau ! Acheter des espaces publicitaires sur des sites d’information fiables.
  • Pousser les écoles à souscrire à NewsGuard (gratuit pour les écoles et les bibliothèques) ou Certify.
  • Pousser les politiques à continuer de financer les médias publics et voter en faveur du maintien des subventions aux médias.

Réseau FPG